Queen and Country

Réalisateur : John Boorman
Acteurs: Callum Turner, Caleb Landry Jones, Davis Thewlis, Tamsin Egerton.

Le réalisateur
John Bormann est né en 1933 en Angleterre. Mondialement reconnu, il a notamment réalisé les grandes fresques historiques : Délivrance (1972), Excalibur (1981), La forêt d’émeraude (1985), Rangoon (1995). Son dernier film Queen and Country, en partie autobiographique, fait suite à un premier film Hope and Glory, deux films tout deux basé sur les souvenirs de jeunesse du réalisateur.

Synosis
1952. Bill Rohan a 18 ans et l’avenir devant lui. Pourquoi pas avec cette jolie fille qu’il aperçoit sur son vélo depuis la rivière où il nage chaque matin ? Cette idylle naissante est bientôt contrariée lorsqu’il est appelé pour effectuer deux années de service militaire en tant qu’instructeur dans un camp d’entraînement pour jeunes soldats anglais en partance pour la Corée. Bill se lie d’amitié à Percy, un farceur dépourvu de principes avec lequel il complote pour tenter de faire tomber de son piédestal leur bourreau : le psychorigide Sergent Major Bradley. Tous deux parviennent néanmoins à oublier un peu l’enfermement et la discipline à l’occasion de rares sorties. Mais leur est-il encore possible d’y rencontrer l’âme sœur ?

Propos du réalisateur
Hope and Glory (la guerre à sept ans), était inspiré de mon enfance à l’époque du Blitz et, à l’opposé, lors des jours idylliques passés au bord de la Tamise après avoir fui avec ma mère lorsque notre maison a été détruite. Queen and Country se déroule neuf ans après, en 1952, lorsque j’ai été appelé deux ans sous les drapeaux comme tous les autres jeunes garçons de 18 ans en Grande- Bretagne. La plupart des personnages du film sont inspirés de ma propre famille et des personnes que j’ai pu rencontrer à cette époque. Tous les événements du film se sont déroulés de manière quasiment identique. J’avais pour mission de faire cours aux soldats enrôlés pour la Guerre de Corée. Quand j’ai étudié le conflit, j’ai été choqué de découvrir les absurdités qui avaient entraîné cette guerre. Le Général MacArthur était au commandement et voulait lâcher une bombe atomique sur les Chinois. Mais le Président Truman l’a évincé juste à temps. L’un des appelés qui assistait au cours n’était autre que le fils du leader du parti travailliste. Le jeune homme a refusé de partir en Corée car je leur avais dit que c’était une guerre immorale. J’ai alors été arrêté pour avoir « incité un soldat à se détourner de son devoir. » L’Angleterre était encore dans le traumatisme de l’après-guerre. La population venait seulement de vivre la fin du rationnement. C’était un pays désolé et l’Empire vivait ses derniers instants. Nous, les jeunes, rejetions cette société de classes et de privilèges et aspirions à un pays plus juste et égalitaire – c’est ce qui accompagne l’histoire du film. Le fait d’écrire le scénario a fait resurgir de nombreux souvenirs enfouis depuis longtemps. Comme ce fut le cas pour Hope and Glory, mes souvenirs se sont effacés devant les scènes une fois le film réalisé. David Hayman, qui joue mon père dans le film, ressemble maintenant bien plus à mon père que mon véritable père ! Vanessa Kirby, ma sœur dans le film, lui ressemble tellement que j’avais parfois l’impression de faire un voyage dans le passé lorsqu’elle jouait ses scènes. La relation entre souvenirs et imagination est un territoire mystérieux. Comme Ingmar Bergman le disait, il n’essayait pas de rendre les choses réelles mais vivantes. J’ai travaillé avec des acteurs qui ont su insuffler la vie à des événements qui ont eu auparavant. lieu plus de soixante ans FB

Chevalier

Réalisatrice : Athina Rachel Tsangari
Acteurs: Yorgos Kendros, Panos Koronis, Vangelis Mourikis, Makis Papadimitriou, Yorgos Pirpassopoulos, Sakis Rouvas

Le film
Au milieu de la mer Egée, six hommes partis pour une partie de pêche sur un luxueux yacht décident de jouer à un jeu. Au cours de ce jeu, on comparera des choses. On les mesurera. On massacrera des chansons et on pratiquera des analyses de sang. Les amis deviendront rivaux et la rivalité deviendra voracité. Mais à la fin du voyage, quand la partie sera terminée, le gagnant sera le meilleur. Et il portera au petit doigt la bague de la victoire: la Chevalière. Tourné une année avant la tempête économique qui a frappé la Grèce, Chevalier ne se veut pas un commentaire direct sur la politique grecque et européenne mais un film sur la nature humaine. Athina Tsangari (réalisatrice) : « Je suis intéressée par l’homogénéité d’un casting composé d’un seul genre car ainsi, la matière première des relations humaines devient plus claire.

Comme dans Attenberg, un sujet que j’explore toujours est la question du pouvoir et la façon dont il se manifeste en nous et au travers des rôles de genre. »

A propos du tournage en mer : « Nous nous sommes beaucoup amusés à nous enfermer sur un bateau pour vivre cette expérience cinématographique. Cela m’intéressait de voir ce qu’il se passe lorsqu’une équipe de tournage se trouve confinée dans un petit espace au milieu de la mer. Le seul problème était la nausée : nous devions nous arrêter pour laisser les gens vomir, surtout le gars qui jouait le capitaine. »

Commentaire
« Athina Tsangari est dans le même bateau que ses personnages et, à travers eux, c’est l’horizon du monde d’aujourd’hui qu’elle vise, avec un regard piquant : une envie de « like », de bonne notes, qui se répand via les réseaux sociaux et se nourrit de l’amour-propre, voire de la vanité des hommes, tout autant que des femmes. On pourrait même voir, dans cette satire de la manie de la notation, un écho à ces agences qui distribuent les bons et les mauvais points à la France, à la Grèce… Tout le monde veut tenir le gouvernail phallique. » (Télérama)

La réalisatrice
Athina Rachel Tsangari est une cinéaste grecque née à Athènes en 1966. Après une licence de littérature à l’Université Aristote de Thessalonique, elle part étudier le cinéma à la Tish School of the Arts de New York et obtient un diplôme de réalisation de l’Université du Texas à Austin, où elle réside jusqu’en 2001. Son court métrage Fit est sélectionné pour les Student Academy Awards de 1995. En 1999, elle fonde le festival Cinematexas International Short Film Festival. Aux Etats-Unis, elle collabore aussi avec le réalisateur Richard Linklater (Boyhood) en tant qu’actrice et co-productrice. En 2004, elle participe aux cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques d’Athènes en tant que directrice vidéo. En 2005, elle fonde sa propre maison de production Haos Film. Ses trois longs-métrages, The Slow Business of Going (2000), Attenberg (2010) et Chevalier (2015) ont tous été salués par la critique et récompensés dans les festivals internationaux. LP

Toni Erdmann

Réalisation : Maren Ade
Acteurs : Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn

Le réalisateur
Maren Ade, née en 1976 à Karlsruhe, est une réalisatrice, scénariste et productrice allemande. Elle a étudié à l’Ecole de cinéma de Munich où elle a réalisé et produit son film de fin d’études, The Forest for the Trees (2005), primé entre autres au Festival de Sundance et sélectionné dans de nombreux festivals du monde entier. Everyone Else (2009), son deuxième film, a remporté le Grand prix du jury et l’Ours d’argent de la meilleure actrice au Festival de Berlin. En 2016, son film Toni Erdmann est sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes où il remporte le Prix Fipresci de la critique internationale.

Le film
Quand Ines (Sandra Hüller), femme d’affaires d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « Es-tu heureuse ? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann.

Ce récit de la reconquête d’un amour filial est un petit bijou d’émotion contenue et de burlesque décalé. Le film prend son temps avant de dévoiler ses véritables intentions, et une longue exposition décrit le quotidien d’un retraité facétieux dont l’humour pince-sans-rire contraste avec le ton très policé des membres de sa famille, dont son ex-épouse et sa fille. Artiste et idéaliste, Winfried (PeterSimonischek) a échoué à inculquer ses valeurs à sa fille : Ines est devenue un petit soldat de l’économie de marché, cadre supérieure dans un cabinet d’audit international, prodiguant des conseils en délocalisation dans une Roumanie en plein essor commercial. Partagée entre la honte éprouvée par l’intrusion de ce père fantasque et le souci des convenances, elle trouve d’abord un compromis en acceptant sa présence tout en lui demandant d’être discret devant ses collaborateurs et clients. Elle ne le retient pourtant pas quand il décide d’abréger son séjour…

C’est là que Toni Erdmann dépasse son cadre de satire sociale pour devenir un beau portrait de rapport père/ fille. Refusant le psychodrame comme le sentimentalisme, Maren Ade trouve la tonalité juste, alternant dialogues en demi- teinte, silences suggestifs et digressions saugrenues. La surprise et l’humour décapant inattendu de Toni Erdmann font tout autant tomber les masques que les habits, permettant à des individus qui ne le soupçonnaient pas d’accéder à eux-mêmes.

Le film culmine dans des scènes comiques d’une rare intensité, dans lesquelles des quiproquos dévastateurs secouent les personnages tout autant que le spectateur, notamment dans une séquence d’anniversaire déjà culte. « Je n’aime pas rogner sur la forme narrative. J’ai besoin que chaque décision prise par les protagonistes paraisse crédible. Et même si le réalisme primait sur le reste, je voulais quand même qu’il y ait des moments magiques qui sont la définition du cinéma », a déclaré la réalisatrice. Ce dosage entre naturalisme documentaire et échappées insolites est une autre qualité d’un film dont la longueur permet de se familiariser avec de personnages au final plus contrastés qu’il n’y paraissait. Il faut enfin souligner la qualité de l’interprétation. Le prodigieux Peter Simonischek crève l’écran et Sandra Hüller est en totale osmose avec son personnage. Ils sont entourés de seconds rôles talentueux. Toni Erdmann est une œuvre majeure du nouveau cinéma allemand et la confirmation d’une cinéaste de premier plan. » (Le Monde) PMP

Les Saisons

Réalisation : Jacques Perrin & Jacques Cluzaud

Le film
Depuis la fin de la dernière période glaciaire jusqu’à l’avènement de la civilisation humaine, l’Europe a été soumise au règne de la forêt, qui recouvrait l’essentiel de son territoire. Les saisons retrace ces milliers d’années forestières à travers la vie des arbres et de la faune, rythmées par le retour des saisons. Séductions, chasses impitoyables, qui-vive incessant, le film propose, au moyen d’images superbes, une immersion dans ce qu’ont pu être les forêts primitives. Le développement des activités humaines, parcourant le film avec discrétion, évoque la fin progressive de cet Âge d’or de la forêt et les défis qui se présentent aujourd’hui à nous pour préserver à cette diversité un avenir durable. Le réalisateur Né en 1941, Jacques Perrin connaît tout d’abord une longue carrière d’acteur, d’abord au théâtre, puis au cinéma dès le début des années soixante. Il tourne chez Marcel Carné, chez Henri-Georges Clouzot, Costa-Gavras (Compartiment tueurs), Pierre Schoendorffer (Le Crabe-Tambour), ou encore Jacques Demy (Les Demoiselles de Rochefort). Il fonde également sa propre société de production. Dès les années nonante, il se consacre presque exclusivement à la production, avec des succès comme Microcosmos (1995) ou Le Peuple migrateur (2001).

Notre avis
Difficile de résister à la beauté poignante des images des Saisons. Sur grand écran, l’immersion dans les moindres recoins des forêts primaires d’Europe est totale. Pourtant, le film n’est pas un documentaire au sens strict, mais a nécessité trois ans de tournage et des prouesses techniques et animalières : Jacques Perrin souhaitant filmer les animaux avec le plus de proximité possible, l’équipe a renoncé à l’emploi de zooms et travaillé notamment avec des imprégnateurs, dont le métier consiste à habituer des animaux à l’homme dès leur naissance. C’est ainsi par exemple que pour filmer un vol de grues à partir d’un ULM, les oiseaux avaient été accoutumés de longue date au bruit du moteur ! Les animaux sont ainsi en quelque sorte acteurs du film, rôle qu’ils endossent avec un naturel parfait. AB

La Vanité

Réalisateur : Lionel Baier
Avec Carmen Maura, Patrick Lapp, Ivan Georgiev

Le film
David Miller veut mourir et choisit l‘euthanasie assistée. Il a tout planifié: le lieu, la date et le mode. Mais rien ne se passe comme prévu. Avec Esperanza, membre de l‘association, et Tréplev, jeune prostitué, David entame alors son ultime nuit avec de parfaits inconnus. La Vanité est tiré d’un fait divers remontant à plusieurs années. Dans l’école de cinéma où le réalisateur enseigne à Lausanne, un étudiant lui raconte une histoire étonnante. Ce jeune homme étranger, qui se prostituait dans un motel pour subvenir à ses besoins, fut en effet pris à partie par les occupants de la chambre adjacente à la sienne afin d’assister à un suicide assisté. Même si l’euthanasie n’eut finalement pas lieu, l’homme fut frappé par l’acharnement avec lequel les Suisses cherchaient à encadrer leur mort alors que dans son pays, on se battait pour survivre. De cette anecdote est né le projet de La vanité.

Le film a été tourné intégralement en studio. Lionel Baier s’explique sur ce choix : « D’abord par goût de l’artifice. Plus on essaie d’être concret et réaliste en studio, plus on produit de l’étrangeté. Il était important pour moi que La Vanité ne soit pas un drame, un film tire-larme sur l’euthanasie. Je voulais que la mort ne soit qu’un prétexte à parler de la circulation du désir dans la vie de trois personnages. C’est ce qui me fascine chez Tchekhov : refuser la tragédie afin de laisser le choix au personnage d’être tragique ou pas. Le nom de Tréplev et la citation finale du film sont d’ailleurs empruntés à La Mouette. J’aime le studio, parce que c’est un lieu dévolu à un seul usage, celui de la représentation. Comme l’est une scène de théâtre. Il faut donc amener la vie à cet endroit et la traiter avec égard. Étonnamment plus que lorsqu’on tourne en décors naturels. C’est comme faire un pas de côté pour mieux appréhender la situation. »

Le choix des acteurs
Pour Lionel Baier, les acteurs de son film ont ceci de particulier qu’il n’a pas eu besoin de les diriger : « Lorsque nous avons fait une première lecture du scénario avec Ivan Georgiev, qui joue Tréplev, Carmen m’a dit : je crois que notre trio va marcher, car on ne ressemble pas à des acteurs. Je comprends ce qu’elle veut dire. Personne ne fera semblant d’être quelqu’un d’autre. Comme Patrick Lapp et Carmen Maura sont de grands séducteurs… et de grands menteurs, je n’ai pas eu à les diriger, mais juste à les accompagner », explique le metteur en scène.

Le réalisateur
Lionel Baier naît en 1975 à Lausanne dans une famille suisse d’origine polonaise. En 1999, il se lance dans la réalisation avec Mignon à croquer, un court métrage de fiction. Son premier documentaire, Celui au Pasteur (2000), est diffusé par la Télévision suisse romande et le fait connaître. Le cinéaste passe alors à la fiction en réalisant Garçon Stupide (2004), puis Comme des voleurs (à l’est) (2006). Suivent Un autre homme (2009), Les grandes ondes (à l’ouest) (2013) et La Vanité (2015). LP

Béliers

Réalisation : Grímur Hákonarson
Interprétation : Sigurdur Sigurjínsson, Theodór Júlíusson

Le film
Dans un village isolé d’Islande vit une communauté d’éleveurs de moutons, qui s’occupent de leurs bêtes avec le plus grand soin. Chaque année a lieu un concours de la plus belle bête, fréquemment remporté par Gummi ou Kiddi. Ces deux frères, vieux célibataires, vivent en voisins mais ne se parlent plus depuis des décennies en raison d’une mésentente. Chacun s’occupe de ses moutons, de son côté. Mais un jour des bêtes du village sont atteintes de la tremblante du mouton, une maladie mortelle. Les services sanitaires ne tardent pas à vouloir prendre les choses en main et à vouloir prendre des mesures drastiques pour éradiquer la maladie.

Le réalisateur
On ne sait pas grand-chose de Grimúr Hákonarson, sinon que ce jeune réalisateur islandais est né en 1977, et qu’il est l’auteur, après plusieurs documentaire, de deux longs métrages : Sumarlandid (2010) et Béliers (2015). Formé au cinéma en République tchèque — aucune formation n’étant alors possible en Islande — il a remporté à Cannes en 2015 le prix Un certain regard. Il termine actuellement un documentaire sur le seul village communiste que l’Islande ait connu.

Notre avis
En Islande, Béliers a été un immense succès, avec plus de trente mille spectateurs, soit près de 10% de la population totale ! Succès mérité pour ce film qui oscille avec talent entre comédie et drame, entre réalisme et fable. A propos du style du film, Grimúr Hákonarson déclarait dans Télérama : « Comme je suis jeune et que mon directeur de la photographie est de ma génération, on peut dire que, de façon spontanée, nous allons vers un cinéma qui n’est pas forcément traditionnel. J’ai été très inspiré par ce qu’on a appelé la nouvelle vague roumaine, qui regroupe des films très réalistes. Notre intention était simplement d’être dans cette approche, le réalisme. Cela n’a pas empêché, finalement, des moments poétiques ou un peu absurdes parfois. » AB

An, les délices de Tokyo

Réalisation : Naomi Kawase
Interprètes : Kirin Kiri, Magatoshi Magase, Kiara Ushida

Synopsis
A Tokyo, un homme de quarante ans, Sentaro, tient une petite boutique de dorayaki qui attire surtout des collégiennes. Un jour, une vieille dame se présente, attirée par les cerisiers en fleurs et l’affichette d’offre d’emploi. Elle veut travailler, même pour un tout petit salaire. Le tenancier l’éconduit et lui offre un dorayaki. Elle revient avec un échantillon de sa propre pâte de haricots rouges et continue à admirer les cerisiers en fleurs. Sentaro, qui n’a jamais pu manger entièrement un dorayaki, parce qu’il n’aime pas le sucré et qu’il travaille avec des produits industriels, apprécie enfin.

Tokue confectionne des dorayaki particulièrement délicieux. Ce sont des petites crêpes fourrées de pâte de haricots rouges confits. Pourtant elle est vieille,fragile, et bien mal fichue avec ses deux mains recroquevillées. Sentaro accepte de l’embaucher, et Tokue impose sa recette, exigeante, longue. Les clients affluent…

Mais la présence active de Tokue pose problème : la déformation de ses mains, son adresse, tout indique que c’est une ancienne lépreuse, et la propriétaire exige qu’elle parte…

Les Délices de Tokyo est l’adaptation du livre ” An” de Durian Sukegawa. Un auteur qui jouait déjà dans l’un des précédents films de Naomi Kawase, Hanezu, l’Esprit des montagnes. Avant même l’écriture de l’ouvrage, Sukegawa en confia l’histoire à la cinéaste, qui fut touchée une fois le roman fini par “la précision avec laquelle Durian Sukegawa décrit ce qui est invisible dans la vie”. Elle décida alors d’en tirer un film.

Critiques
“Un pâtissier sans joie rencontre la fée des beignets. Ils cheminent ensemble vers la résipiscence. Un merveilleux conte moral de Naomi Kawase”. Auteur de documentaires à tendance autobiographique, Naomi Kawase se dirige vers la fiction sans rien renier de ses exigences morales et poétiques. Elle butine des images de vie et de mort qu’elle assemble dans des partitions harmonieuses et complexes. Dans Hanezu, elle interroge la mémoire du sol et les réalités qui nous précèdent. Dans Still the Water, elle invoque les vagues de l’océan et les dieux vivant toujours dans l’île de ses aïeux. (Le Temps)
“Ce bijou d’émotion et de poésie est peut-être le film le plus accessible de Naomi Kawase. Il a fait l’ouverture de la section Un Certain Regard” (A voir à lire. com) MP

Youth

Réalisation : Paolo Sorrentino
Acteurs : Michael Caine, Harvey Keitel, Rachel Weisz, Paul Dano, Jane Fonda…

Le réalisateur
Né à Naples en 1970, il débute sa carrière comme scénariste pour la télévision puis réalise, dès 2001, plusieurs courts et longs métrages. Il accède à la reconnaissance internationale avec son deuxième film, Les Conséquences de l’amour (2004), sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes, comme son troisième film L’Ami de la famille (2006). Il Divo, biographie romancée de l’homme politique Giulio Andreotti, obtient le Prix du Jury du Festival de Cannes 2008. En 2011, il réalise son premier film en anglais, This Must Be the Place, qui obtient le Prix du jury œcuménique du Festival de Cannes. En 2013, il réalise son plus grand succès, La Grande Bellezza, qui obtient de nombreux prix à travers le monde, dont le Golden Globe, l’Oscar du meilleur film en langue étrangère et le Prix du meilleur réalisateur aux Prix du cinéma européen. Youth (La Giovinezza), son second film en langue anglaise, figure à nouveau en compétition officielle au Festival de Cannes. Il remporte le Prix du Meilleur film et du Meilleur réalisateur lors de la 28e cérémonie des Prix du cinéma européen.

Le film
« Youth est un film optimiste, fait pour exorciser certaines de nos peurs. Les miennes en tout cas, le temps qui passe, le temps qui reste. L’âge est une question d’attitude. Regarder vers l’avenir est la condition sine qua non pour rester jeune. » Paolo Sorrentino

Fred Ballinger (Michael Caine) et Mick Boyle (Harvey Keitel), deux amis de longue date, se sont installés pour leurs vacances dans un luxueux hôtel suisse au pied des Alpes. Fred, 80 ans, veuf et un peu déprimé, était un compositeur et un chef d’orchestre réputé. Depuis longtemps à la retraite, il ne veut plus entendre parler de sa carrière musicale, malgré les sollicitations d’un envoyé de la Reine d’Angleterre ! Quant au septuagénaire Mick, il est réalisateur et s’empresse de terminer le scénario de ce qu’il définit comme son dernier film, Le Dernier Jour de la vie. Les deux amis savent que le temps est compté. Ils évoquent leurs métiers, la création artistique, les figures de leur passé commun et affirment vouloir affronter l’avenir avec détermination. Ils reviennent sur des souvenirs intimes, ils parlent des femmes qu’ils ont rencontrées et aimées, mais n’oublient pas de signaler leurs désirs en panne… Le rire est proche des larmes, voilà un petit tableau de la condition humaine.

Il existe un lien familial entre Fred et Mick : la fille du premier, Lena (Rachel Weisz), sert d’assistante à son père. Elle a épousé le fils de Mick, qui vient de la plaquer. D’autres personnages gravitent autour des deux personnages principaux : il y a Jimmy (Paul Dano), un jeune acteur américain un peu désabusé ; il y a Brenda Morel (Jane Fonda), l’actrice fétiche hollywoodienne de Mick ou encore une figure caricaturale de Maradona. Sans oublier quelques femmes sublimes qui font fantasmer les deux héros…

Le film a été tourné en anglais, Paolo Sorrentino ayant engagé cinq acteurs anglophones, remarquables dans leur interprétation, avec une prime spéciale pour le duo d’acteurs Caine/Keitel.

« Après La Grande Bellezza, brillant avenant à La Dolce Vita de Fellini, Paolo Sorrentino fait un pas de plus dans la mélancolie. Méditation fataliste sur la création artistique, l’amour, la paternité, l’art de réussir sa vie et l’angoisse de la mort, Youth ne néglige pas la dimension satirique et préconise la légèreté en antidote au désespoir. Le cinéaste mêle le rire aux larmes. Dans son cocktail doux-amer, on trouve des portraits pittoresques, des gags à la Tati, des effluves felliniens (Huit et demi), des instants de poésie lunaire (un spectacle de bulles de savon, éphémères comme la vie) une touche d’onirisme, un penchant pour l’allégorie… Sorrentino touche au sublime lorsque Fred, dans le décor grandiose des Alpes, dirige une symphonie imaginaire pour clarines et meuglements de vaches. Cette mélodie simple célèbre la beauté du monde. Le cinéma contemporain est rarement aussi généreux en matière d’inventions visuelles, humour sarcastique et tendresse pour le genre humain. » (Antoine Duplan dans Le Temps)
« Avec Paolo Sorrentino, le cinéma fait valoir ses droits. Une idée par plan, parfois même davantage. Une conception suraiguë de la composition picturale. Des acteurs – Caine, Keitel, Fonda – retrouvant sous sa houlette des rôles dignes de leur talent. Et de la matière existentielle qui croustille, qui démange, qui dérange. » (L’Express) Lors d’un rêve, Mick s’entend dire que « les émotions, c’est tout ce que l’on a ». Peut-être s’agit-il là de la morale d’une histoire dont on ne dévoilera pas la fin, très belle. PMP

L’effet aquatique

Réalisation : Sólveig Anspach
Scénario : Sólveig Anspach et Jean-Luc Gaget
Acteurs : Florence Loiret-Caille (Agathe), Samir Guesmi (Samir), Didda Jónsdóttir (Anna), Philippe Rebbot (Reboute)…

La réalisatrice
De père américain et de mère islandaise, Sólveig Anspach suit une formation en philosophie et en psychologie clinique, avant d’intégrer l’école de cinéma la FEMIS à Paris. Elle en sort diplômée en 1989. Après avoir réalisé plusieurs courts métrages documentaires, elle passe à la fiction avec Vizir et vizirette (1993). Grand Prix du Jury et du Public au Festival international du Film de Femmes de Créteil avec Que personne ne bouge, elle connaît un franc succès avec son premier long-métrage Haut les cœurs (1999), qui retrace son expérience du cancer et vaut à Karin Viard d’obtenir le César de la meilleure actrice. Par la suite, Sólveig Anspach continue de faire des allers-retours entre documentaire, Made in USA (2001) et fiction, Stormy Weather (2003), Back soon (2008) tourné en Islande avec son actrice fétiche Didda Jónsdóttir que l’on retrouvera dans L’Effet aquatique, Louise Michel la rebelle (2010) avec Sylvie Testud. Son quatrième long métrage Queen of Montreuil (2013), une ode à la vie en banlieue parisienne, introduit le personnage d’Agathe interprété par Florence Loiret-Caille que l’on retrouvera également dans L’effet aquatique. En 2014, elle retrouve Karin Viard pour Lulu femme nue. Son dernier film, L’Effet aquatique (2015) sort sur les écrans près d’un an après la mort de la réalisatrice rattrapée par le cancer. C’est aussi le dernier film de sa trilogie loufoque avec Black soon et Queen of Montreuil. Le film « Certains films portent en eux une mélancolie profonde, de cette émotion liée à la disparition d’un être cher. L’Effet aquatique, le dernier film de Solveig Anspach est de cette veine. » ( L’Express)

Le point de départ de cette comédie loufoque n’a rien de tragique, il serait plutôt romantique.

Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe follement amoureux d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons – or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint- Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le dixième Congrès International des Maîtres- Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour…

« Pour Sólveig Anspach qui a fait ses premiers pas dans le genre documentaire, il s’agit de se jeter à l’eau au propre comme au figuré en transposant son action en terrain aquatique. Un vaste terrain aussi mouvant que troublant et surtout hautement démocratique. “Car les signes d’appartenances sociales ou religieuses ont disparu sous les maillots de bain moulants”, reconnaît la réalisatrice. C’est ainsi que le cadre confiné et hors du temps de la piscine Maurice Thorez servira de décor à la quête amoureuse de nos deux personnages. Puis c’est sur une terre de feu, l’Islande, peuplée pour l’occasion d’une faune étrange de maître-nageurs que Samir et Agathe vont puiser l’énergie pour sceller leurs retrouvailles. Devant la caméra, ce tandem comico- romantique repose avant tout sur le jeu à la fois lunaire et solaire de la toujours merveilleuse Florence Loiret-Caille et sur la gaucherie bienheureuse de son interprète Samir Guesmi. On notera également la présence absolument indispensable de l’une des muses de Sólveig Anspach, la poétesse et actrice islandaise Didda Jónsdóttir et celle de Philippe Rebbot.

Co-écrit par la réalisatrice et son fidèle scénariste Jean-Luc Gaget, L’Effet aquatique allie à merveille humour et émotion. Basculant entre le burlesque et la comédie romantique, la politique et le poétique, cette comédie joue la carte du collectif, de ce Together cher à son personnage principal dans un monde pourtant propice à l’individualisme. L’une des scènes phares de L’Effet aquatique est celle où Samir, arrivé clandestinement à ce congrès des maîtres-nageurs, va s’octroyer l’identité d’un représentant israélien. Il va clamer sa volonté de parvenir à la paix en annonçant la construction avec son homologue palestinien d’une piscine commune. Applaudie chaleureusement par l’ensemble de l’assemblée, cette initiative en apparence naïve relève l’ironie d’un monde obsédé par le tout sécuritaire, dans lequel chacun des postes reste pourtant interchangeable.

On retrouve d’ailleurs cette même tentative du collectif dans ce monde en vase clos qu’est cette piscine municipale de Montreuil. Peuplé de personnages marginaux, cet aquarium à ciel ouvert fait se côtoyer un brave caissier, un directeur aux mœurs incertaines, une monitrice à l’appétit sexuel féroce et une jeune veuve au regard triste. C’est dans la diversité de ce monde que Sólveig Anspach va puiser la singularité de son langage et ce regard à la fois décalé et tellement en phase avec son époque. » (Le Monde) « L’Effet aquatique est la rencontre de deux gouttes d’eau qui font déborder le vase de la méchanceté, de l’indifférence, de l’égoïsme, bref le vase des mauvaises humeurs de ce début de siècle… Quand Sólveig Anspach était parmi nous, je disais que c’était notre porte-bonheur. Maintenant qu’elle nous a quittés, je dis qu’elle est notre ange gardien. Allez voir ce film. Il vous protégera vous aussi ». (Robert Guédiguian) PMP

La Tortue Rouge

Réalisation : Michael Dudok de Wit

Prix spécial Un certain regard à Cannes en 2016, ce film est le premier long- métrage de Michael Dudok de Wit né en 1953, un réalisateur qui s’était fait précédemment remarquer dans le monde de l’animation avec deux courts- métrages : Le moine et le poisson, nommé à l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 1994, puis Père et fille en 2000, lauréat de l’Oscar dans cette même catégorie et grand prix du festival d’Annecy. Le célèbre studio japonais Ghibli (producteur des films de Myazaki Le vent se lève, Princesse Monoké, etc) propose alors au réalisateur de produire son premier long-métrage La Tortue rouge.

A travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain.

La beauté des dessins, l’apparente simplicité et l’efficacité de l’histoire en font un film émouvant et captivant de la première à la dernière seconde. L’absence de dialogues renforce encore la force de cette fable d’une merveilleuse poésie sur l’homme au coeur de la nature.

« Un conte fantastique, alors? Oui, et d’autant plus beau! De l’épure, trait au fusain et splendides camaïeux pour figurer l’eau, la terre ou la forêt, naît un sentiment de plénitude esthétique rare; de l’absurdité patente du récit, une émotion imparable. Les rationalistes se raccrocheront à l’idée d’une hallucination de mourant, resté par exemple coincé dans les rochers. Les plus enclins à la rêverie, eux, se laisseront emporter par la logique interne du récit. Sans tiquer sur le rôle croissant de la belle musique composée par Laurent Perez Del Mar (Zarafa, Loulou – l’incroyable secret), qui devient un autre atout décisif.

Presque un vieux sage à soixante ans, Michael Dudok de Wit ne vise déjà plus que l’ essentiel. Comme dans «Père et fille», on devine qu’il est obscurément question d’union et de séparation, de leur nécessité – bref, de la tragique dualité de l’amour. Plus largement encore, de ce que cela signifie au fond qu’être au monde, de passage. Tout ceci à partir d’une idée toute simple: prendre la question de l’ennui à l’envers, en encourageant la patience du spectateur. Il suffisait d’y penser! » Norbert Creutz Journal « Le Temps » FB